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ÇA VOUS INTÉRESSE ?

PATRICIA (reporté au printemps 2021)

30 Mars > 2 Avril - 20 > 24 Avril au Théâtre Les Tanneurs

26 et 27 Avril à La Maison de la culture de Tournai

25 > 29 Mai à l'Atelier Théâtre Jean Vilar

Un petit être s'est manifesté avec véhémence un peu plus tôt que prévu dans le ventre d'une de nos deux magnifiques comédiennes. Nous avons été contraints de reporter les représentations restantes de Patricia à L'ATJV, aux Tanneurs et a la Maison de la Culture de Tournai. Je ne peux que remercier chaleureusement nos trois coproducteurs qui ont compris à quel point le théâtre est inextricablement lié à la vie. Les témoignages reçus de certains spectateurs attestent du fait que ce sentiment est largement partagé. C'est incroyablement réconfrotant. Nous reviendrons au Printemps 2021 avec cette histoire de femmes, de filles, de mères. D'ici là, il faudra calmer notre impatience. Frédéric Dussenne

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PROCHAINS SPECTACLES

JESSIE JESS

Représentations 2021 :

Au Centre culturel de Comines-Warneton

Le 4 février 2021

PATRICIA

Représentations 2021 :

Au Théâtre Les Tanneurs du 30 mars au 2 avril 2021 et du 20 au 24 avril 2021

À La Maison de la culture de Tournai les 26 et 27 avril 2021

À l'ATJV - Louvain-la-Neuve du 25 au 29 mai 2021

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Production L'acteur et l'écrit
Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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© Véronique Vercheval

Une coproduction l’Acteur et l’écrit avec l’Atelier Théâtre Jean VilarLe Théâtre Les Tanneurs et le Théâtre de Namur.

Avec le soutien de La maison culture de Tournai, de la Fédération Wallonie Bruxelles et taxshelter.beING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge.

D'après Patricia de Geneviève Damas © Editions Gallimard

Jean-François Massy a quarante quatre ans. Il est fils d’ouvrier. Il est transformiste.  Il n’exerce pas son art dans un cabaret de la capitale, mais dans les petits villages de la Wallonie Picarde de son enfance.  Ducasses, foires aux boudins, fêtes diverses ... Partout, quelles que soient des conditions de travail parfois franchement improbables, Jessie Jess, assure le show...

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Vanessa est centrafricaine.  Elle a douze ans.  Elle a miraculeusement échappé à un naufrage en traversant la méditerranée pour rejoindre son père, Jean Iritimbi, qui s’était exilé lui-même, dix ans auparavant, dans l’espoir d’une vie meilleure. 

Patricia a quarante-trois ans.  Elle est issue de la classe moyenne française.  Elle rencontre Jean Iritimbi dans un hôtel...

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NOTE

Ruminer l’avenir

 

J’aime beaucoup cette idée de Claire Lejeune[1] selon laquelle le degré de profondeur d’une écriture est lié à la nécessité de creuser qu’éprouvent ceux qui entretiennent un rapport difficile à l’oralité.  Michèle Fabien[2]  ne racontait-elle pas que son activité d’auteur était née de son incapacité à devenir actrice ?  

Quand j’étais petit, ma grand-mère me recommandait de tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de parler de peur de dire une grosse bêtise.  

Les travailleurs de la langue ne la considèrent pas comme naturelle.  Ils l’interrogent, la triturent laborieusement.  Ils l’ont  tournée sept mille fois dans leur bouche avant qu’elle n’atteigne le lecteur, l’acteur ou le spectateur. Leur long travail de fourmi, majoritairement silencieux, s’accomplit dans l’intimité de la chambre. 

Lévi Strauss disait que le propre du langage était de reposer sur des mécanismes inconscients.  L’écriture a quelque chose à voir avec la gestation.  Elle s’élabore sur l’oxymore division/recomposition qui a permi à la vie d’émerger et de se développer dans sa diversité.  Il s’agit d’articuler le fini du vocabulaire avec l’infini des compositions possibles.  Comme en musique. 

Flaubert a eu cet éclair : Emma Bovary, c’est moi.  Il a raconté qu’en rédigeant le récit de l’empoisonnement de son héroïne, il était lui-même saisi de malaises pouvant aller jusqu’aux vômissements.  Le travail stylistique ramène l’écrivain à ses intestins.  Son deuxième cerveau.  In-venter, inventer …  

Les mots et la manière dont l’écrivain les combine – le style - trahissent ses fragilités.  Ils  révèlent sa réalité nocturne au moins autant qu’ils font la lumière sur ce qu’atteint sa conscience.  Ils sont porteurs des émotions les plus secrètes, générées en lui depuis l’origyne[3]  par la beauté ou l’horreur.   

L’imagination se définit d’abord comme ce qui se distingue du réel.  Mais elle est indissociable de la mémoire profonde, inconsciente, que nous en avons acquise par l’expérience.  L’écriture évoque des objets ou des faits perçus et vécus par l’écrivain, mais profondément enfouis en lui.  C’est par analogie avec cette expérience du réel ancrée dans son cerveau reptilien qu’il finit par « trouver du nouveau »[4] .  C’est par ce biais qu’il rejoint, intimement, son lecteur.  Comme le disait Giorgio Strehler : «L’imagination, c’est la mémoire.» 

Le temps est un luxe au théâtre.  Et le temps de plateau, c’est à dire le temps commun de toute une équipe, un luxe exhorbitant. C’est sans doute le moment d’évoquer brièvement la façon dont se fabrique aujourd’hui le théâtre d’art.  De parler de l’incroyable précarité des artistes qui composent les compagnies de création.  De leur engagement bénévole sur les trois quart du temps de la conception et de la préparation des spectacles, qui demeure un puissant impensé – refoulé ? - institutionnel.  La face cachée d’un iceberg que ne soupçonnent pas les spectateurs qui se rendent dans les  temples de la culture officielle.  

Le théâtre est un art lent dans une époque rapide.  Le temps de plateau est toujours trop court.  Le travail étant collectif, la mise sur pied d’une session de répétitions implique une logistique et des moyens que ne réclamme pas le travail solitaire de l’écrivain en chambre qui maîtrise davantage l’espace et le temps.  L’écriture peut déployer une radicalité que ne permet pas la nécessité de réunir des angendas contradictoires.  On peut tout écrire.  Même l’inouï.  On manipule le temps, l’espace, les objets, les gens à l’envi.  On fait aisément entrer une armée ou un éléphant sur une scène imaginaire.  L’écriture est un lieu d’utopie.  Elle est protégée de l’exigence de résultat.  Il est loisible à l’écrivain de couper un paragraphe.  Il est nettement moins aisé, pour un metteur en scène, de détruire une scénographie, de changer une distribution en cours de travail, d’ajouter deux mois de répétition au budget ou d’ajourner les représentations. 

En ces temps étranges où les théâtres sont fermés au public, où les reports et annulations se multiplient, où les travailleurs de notre secteur, tragiquement fragilisés par la crise, sont dans l’incapacité de faire ce travail essentiel qui est le leur, à savoir de rassembler physiquement les citoyens autour de la parole, la littérature demeure, selon les mots sublimes de William Cliff,  «ce geste qui relie».  

C’est le temps du silence et de l’utopie. Le temps d’écrire, mais aussi de lire et de relire.  De ruminer patiemment l’avenir. En attendant, avec impatience, le retour de la présence réelle des corps rassemblés et la vibration fragile et libre de la voix et, comme l’écrivait le poète Henri Bauchau[5] , «Dans le champs du malheur, planter un objection. » 

[1] Poétesse wallone née à Havré, fondatrice des Cahiers Internationaux de Symbolisme, à laquelle j’ai consacré un spectacle, La Femme Rouge, créé au Théâtre Poème en mai 2010.

[2] Dramaturge belge francophone née à Genk, dramaturge de l’Ensemble Théâtral Mobile, dont j’ai mis en scène Charlotte, au Théâtre, juste avant le second confinement. 

[3] Néologisme inventé par Claire Lejeune.

[4] Baulelaire, Le Voyage, in Les Fleurs du Mal

[5] Henry Bauchau, romancier, poète et dramturge belge francophone né à Malines, à qui j’ai consacré un spectacle, Combat avec l’ombre,  créé au Théâtre poème en 2012.

 

Pour L’acteur et l’écrit

Frédéric Dussenne

Directeur artistique

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