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ÇA VOUS INTÉRESSE ?

ATELIER D'ÉCRITURE EN VISIOCONFÉRENCE

Du 11 au 16 Mai 2020 - Rideau de Bruxelles

"Les participants nous livrent ici quelques phrases issues de leurs carnets." Le Rideau de Bruxelles

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PROCHAINS SPECTACLES

CHARLOTTE

Représentations 2020 :

Au Théâtre Poème

Du 8 au 11 et du 15 au 18 octobre

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Une création de L'acteur et l'écrit

Soutenue par la COCOF, le Théâtre de la Vie, le Théâtre Marni, le Rideau de Bruxelles, Archives et Musée de la Littérature et Arts².
Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

La pièce évoque la dernière impératrice du Mexique, fille de Léopold Ier, qui fut considérée comme folle et termina ses jours à l’âge de quatre-vingt-sept ans, confinée au château de Laeken. Cette grande oubliée de l’Histoire, donne à Michèle Fabien l’occasion d’aborder de multiples thématiques en les croisant : la condition féminine, les inégalités sociales, le rapport nord sud, le genre...

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PATRICIA

Représentations 2020 :

Au Théâtre du Blocry du 16 septembre au 3 octobre

Au Théâtre Les Tanneurs du 13 au 17 octobre et du 27 au 31 octobre

À La Maison de la Culture de Tournai les 20 et 21 octobre

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© Véronique Vercheval

Une coproduction l’Acteur et l’écrit avec l’Atelier Théâtre Jean VilarLe Théâtre Les Tanneursle Théâtre de Namur, La COOP asbl et Shelter Prod.

Avec le soutien de La maison culture de Tournai, de la Fédération Wallonie Bruxelles et taxshelter.beING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge.

D'après Patricia de Geneviève Damas © Editions Gallimard

Vanessa est centrafricaine.  Elle a douze ans.  Elle a miraculeusement échappé à un naufrage en traversant la méditerranée pour rejoindre son père, Jean Iritimbi, qui s’était exilé lui-même, dix ans auparavant, dans l’espoir d’une vie meilleure. 

Patricia a quarante-trois ans.  Elle est issue de la classe moyenne française.  Elle rencontre Jean Iritimbi dans un hôtel...

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NOTE

La culture, le sens et la beauté.

 

On nous le serine à longueur de profils Facebook et de tweets  : le Covid 19 a fait perdre au «secteur culturel» nonante trois pourcents de ses revenus. C’est un chiffre impressionnant. La culture représente 5% du PIB. C’est porteur, évidemment. Le langage des chiffres est à peu près le seul qui soit audible pour nos dirigeants. Mais les chiffres rendent-il compte de la complexité du réel ? Lui donnent-il un sens ? Tous
les soirs, à 19h30, on compte les morts. Mais fait-on le deuil d’un chiffre ?


La culture, c’est notre patrimoine commun. Ca concerne la façon dont parle, dont on mange, dont on travaille, dont on soigne, dont on enseigne, dont on organise l'habitat. Ca rassemble l'ensemble des expériences, savoirs et compétences philosophiques, scientifiques, artistiques et techniques, les apports que représentent les différentes migrations, qui nourissent en profondeur la spécificité et la richesse d’une communauté humaine. La culture recouvre en fait l’intégralité du PIB. Ce devrait être le souci prioritaire du premier ministre. Las, un premier ministre, aujourd’hui, n'est plus qu'un super ministre de l'économie et des finances, pris en sandwich entre "les marchés"- dont on parle comme de personnes,
susceptibles d'hystérie et d'affolement ... - et les contraintes d'austérité imposées par l'Union Européenne. Un gardien des chiffres. On a tendance à l’oublier, mais les mathématiques relèvent de l’abstraction. Elles sont utiles, certes, mais elle ne sont pas la réalité. L’essentiel leur échappe toujours.

 

Comme l’écrivait récemment Bernard Focroulle (Le Soir, 12 mai 2020) : «Si on considère que les arts et la culture sont de l’ordre du divertissement voire d’un vague supplément d’âme, il n’y aura aucune raison d’en faire une priorité. Si par contre, on admet que le champ culturel contribue fortement par ses questionnements, ses inventions, ses créations, à nourrir la société, à la faire tenir, à la faire vivre, à la maintenir en mouvement, alors il faut penser et agir autrement.»


Il nous faut, en effet, un changement radical de logiciel. Et la question est politique. Pas économique. Le philosophe Jean-Luc Nancy donne pour tâche au Pouvoir, dans les démocraties laïques, de «permettre l’ouverture des sphères qui lui sont en droit étrangères et qui sont pour leur part, les spères de la vérité ou du sens : celles que désignent plus ou moins bien les noms de l’«art», de la «pensée», de l’«amour», du «désir» ou
toutes les autres désignations possibles de l’infini.» 1 Le rôle spécifique des artistes, dans ce contexte, c’est d’interroger le sens de la réalité en produisant des formes qui en incarnent les contradictions. C’est à dire, la beauté.


La vertigineuse perte de revenus du «secteur culturel» ne signifie absolument pas l’arrêt de l’activité des artistes. Il suffit de se connecter sur les réseaux sociaux pour s’en convaincre. Ils ne s’arrêtent jamais. Ce qui s’arrête, c’est la rétribution de leur travail. Ils sont coutumiers du fait, ce sont des intermittents. La législation belge les associe aux travailleurs saisonniers. Difficile de vendanger hors saison. Mais la comparaison s’arrête là. Si les artistes intermittents perdent périodiquement leurs revenus, c’est parce que leur travail n’est pris en considération qu’à partir du moment où il produit des recettes.


Or, pour en arriver là, il aura fallu le déploiement d’une immense force de travail, le plus souvent bénévole. Des semaines, des mois, voire des années séparent parfois la formulation d’un projet artistique de sa réalisation, et, en conséquence, de son exploitation. Il arrive qu’une vie n’y suffise pas. Un chiffre ? 40 millions de dollars. C’est le prix consenti en 1987 par un acheteur privé pour l’acquisition des Tournesols de Van Gogh. Quelle plus-value pour cet artiste qui n’a pas vendu une seule toile de son vivant ! Il aura tenté, obstinément, toute sa vie, avec des pinceaux, de capter, dans l’instant, la qualité de la lumière. Il en est mort prématurément. Son oeuvre nourrit aujourd’hui, en profondeur, notre culture.

 

Pendant la période de recherche et de gestation des oeuvres, le travail des artises ne «rapporte» rien. Ils sont alors considérés comme des chômeurs. Mais, sans ces périodes de recherche libre, il n’y aurait rien de consistant aux étals des librairies, sur les scènes des théâtres, dans les bacs des disquaires, aux cimaises des musées. Et la culture de notre communauté s’en trouverait singulièrement apauvrie. Cette part là du travail artistique est un impensé institutionnel. On peut même dire qu’il fait aujourd’hui l’objet d’un véritable déni. Parce que nous vivons dans une société qui occulte la valeur réelle du travail en le réduisant à l’emploi.

A la demande du think tank Terra Nova 2 , Françoise Benhamou et Victor Ginsburgh, économistes, se sont penchés sur les moyens à mettre en œuvre pour relancer le secteur des arts en cette période de récession. Mettant en avant le fait que les dépenses dites culturelles, qui ne représentent déjà qu’une part infime du budget des ménages en temps normal, n’ont que peu de chance d’augmenter en période de crise, ils considèrent que l’idée de relance par la demande est chimérique. Ils suggèrent en conséquence d’inverser la pyramide des priorités en d’investissant massivement dans la recherche. Ils proposent donc d’aider «en priorité les artistes, auteurs et créateurs ainsi que les structures les plus fragiles, ceux et celles dont la voix ne
se fait pas toujours entendre.»


C’est sans doute un bon calcul. Les artistes capitalisent peu. Un euro investi dans l’art est très vite dépensé. Il fait tourner la machine économique. Rétribuer le travail de recherche coûterait-t-il tellement plus cher à la société que de maintenir les artistes au chômage ou de les rendre dépendants des CPAS ?


Les mesures déjà prises par nos gouvernants pour sortir de cette crise – maintient de l’intégralité des subventions, recours au chômage temporaire – protègent efficacement les institutions dont les frais fixes sont couverts par l’argent public. De plus petites structures sont aujourd’hui en danger. Il faut les aider. Mais, si rien ne change, c’est la «part artistique», qu’une ancienne ministre de la culture avait qualifiée, en son temps, de dépense facultative, qui risque de servir à nouveau de principale variable d’ajustement. Concrètement : les bourses de recherche, les aides au projet, le soutien aux compagnies de création. Ce serait une grave erreur.


Si on souhaite que les artistes jouent leur rôle dans la société, il faut leur donner les espaces, le temps et les moyens de la recherche. Ce travail peut parfaitement s’accomoder de l’absence provisoire du public. Avant de représenter, d’exposer, de publier, de jouer un œuvre, il faut la créer. Un cadre sanitaire adéquat et protecteur pour la santé des artistes pourrait aisément être mis en place dans des délais assez courts. Des propositions circulent. Cela permettrait de relancer le travail.


Dans la perspective plu vaste de relance après crise du secteur des arts, la priorité de nos responsables politiques devrait être de soutenir massivement la recherche artistique. Parce qu’elle est seule porteuse d’avenir. Pour les arts, bien sûr, mais aussi pour la culture dans son ensemble et pour la société.

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  1 Démocratie, dans quel état ?, ouvrage collectif, La Fabrique éditions, 2009

 2 tnova.fr

 

Frédéric Dussenne

Directeur artistique

 

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